lundi 25 avril 2022


 Massif d'Aurouze, depuis les crêtes de Charance, 10 avril, premier tour des élections présidentielles.

samedi 9 avril 2022

 

 




Le noyer

 

 

De la couleur (bleu-gris) d’un ciel d’avant la pluie, d’avant l’éclat sec de la foudre. Puis absolument sans couleur, disparaissant, lors des neiges de l’hiver-longtemps-craint. Tout de brume, de froid, tout d’oubli, alors.

 A la peau talquée, et lisse, comme celle de l’olivier dont il semble le parent, le lointain cousin du moins (mais plus gras et introverti), des montagnes (presque toujours l’ombre d’une montagne pèse sur ces noyers partis en avant-garde de la civilisation, aux confins d’une vallée préalpine).

 Pourtant cette peau, légèrement pâteuse, bleutée, bientôt se craquelle, se crevasse même, depuis l’entame du tronc jusqu’aux prémices des branches supérieures. Des branches qui, saisissant votre regard, jettent bientôt sur vos yeux envoutés une flexueuse toile d’araignée que l’on fait semblant de ne pas voir. Il craque alors intérieurement le noyer, jouit de craquer de toutes ces extrémités tentaculaires qui projettent une ombre (toute cérébrale) sur le dormeur imprudent, sur le dormeur inconscient, en été.

 Il y a, pour moi du moins, quelque chose de définitivement cérébral dans le noyer, quelque chose de tendu, de saccadé, d’écrit avec les nerfs ; en particulier dans les extrémités de ces branches qui finissent en crochets, en boucles presque... Quand on regarde sous la jupe de l’arbre en hiver on voit alors ces branches lézarder en meutes le bleu du ciel, on les voit percer les nuages et même interrompre le cercle du Soleil. On dirait qu’elles vont même pactiser entre elles, ces branches du noyer, se rejoindre dans leur tortueux effort pour former une véritable voute.

 

Envoutement des branches du noyer.

 

Et pourtant il demeure quelque chose de mou, de réellement flexueux, dans les crispations cérébrales du faiseur d’huile... La toile d’araignée mollement se balance dans le ciel, retenue par le tronc bleu-gris qui l’amarre aux profondeurs chtoniennes. Un tronc sans caractère, sans véritable passion. lisse et talqué, crevassé par l’effort de croître. Attire puis repousse, le noyer, toujours gras et introverti, doux et sombre, aimable mais peu attaché, et peu attachant aussi.

 

 En avant-garde de la civilisation dans les vallées drômoises ou d’Isère, seul, isolé, il fait craquer ses branches, souvent au mitan d’un champ de cailloux nouvellement hersé, lance sa belle voute d’un vert avocat par-dessus la terre marron-rouge, en regard des montagnes qui lui préparent ces éclairs, cette électricité qui le fait croître de cette manière, nerveuse, crochue, saccadé, pas du tout huileuse en tous cas...

jeudi 7 avril 2022





 Oule, mars-avril 2022


 Hêtraie de la montagne d’Oule

 

 Hêtraie d’Oule, surgissant en ta base d’un entonnoir de calcaire invisible, mais dont on devine assez naturellement la forme cave et la nature d’impasse radicale pourvu qu’on laisse son regard dévaler  les pentes abruptes qui mènent vers ce bas, tu es la fois vieille (pleine de souches, lourde des remugles de feuilles jaunes comme le soleil  vieillissant d’après 18 heures) et jeune comme le printemps.

Tu es vieille et jeune,  comme tout ce qui relève, exclusivement, sans mélange ni mixture de genres, de la nature.

Depuis des bas-fonds ombreux et confus, les troncs blanchâtres filent la métaphore farineuse, sursautent, se tiennent par la racine, nous arrivent, remontant héroïquement, étage après étage, la pente de l’entonnoir...

On peut les voir grimper, faire la course, puis arriver à hauteur de sentier.

Et quand on les voit de près on peut se rendre compte que cet arbre a une peau (une peau de saucisson) qui compresse sa chair, lourde et pulpeuse, et bourrelle le tronc. Une peau qui a aussi à voir avec l’élancement exceptionnel de cet arbre-athlète.

Il s’élance avec une énergie grise, comme un poteau, vers les crêtes ; étincelle dans la pénombre du troupeau d’Oule, le hêtre.  

Troncs blanchâtres, aujourd’hui, plus farineux que d’habitude, troncs moisis par endroit, ou sombres  comme la roche pensive de novembre ou décembre ; troncs immobiles, ou errants, fantomatiques, car l’heure est à l’hiver, de nouveau, en ce début d’avril et le ciel bas laissera bientôt filtrer (alors que j’approche l’échine de mulet de cette montagne à hêtre et genêt qu’est Oule) de délirant flocons, bientôt réduits à rien, mais blancs tout de même et pleins d’une vie aussi minuscule qu’intraitable.

Ce polystyrène rejoindra bientôt  à l’issue d’une chute qui n’en finit pas de légèreté, les troncs noueux, moussus et claffis de bourgeons des chênes blancs. C’est alors rencontre entre la sève encore encapsulée et cette expression météorologique anachronique, pleine d’une soie glaçante, des nues, qui rajeunit ce qui était pourtant déjà nouveau, jeune, et printanier.

 



dimanche 20 mars 2022

 


Chemin printanier

 

Le chemin est étroit. Le sentier, dès l’entame, se resserre mais l’énergie qu’il suscite s’en trouve comme décuplée ; imprime au corps un allant qui le surprend, relance le souffle que comprimait l’horloge. D’abord rigoureux, et contraignant à une certaine congruence des membres et des organes (respiration, sang, pensées), il se détend bientôt en larges boucles ascendantes, réservant des trouées au travers des branchages- qui flottent- des pins rougis.

En direction d’un plateau de Furmeyer à hauteur de nuages.

 Dans le blanc d’une après-midi maussade, se succèdent les clairières ventées ouvrant sur les balcons de Céüze, les pierriers poussiéreux et brutaux qui coulent vers la rivière, et, aux virages, les troncs nus ou tomenteux des arbres dont je cherche encore le nom. Alors, avec cette timide mais tenace tramontane qui murmure à l’oreille la complainte du printemps, vient l’ivresse d’avoir dénoué son licou, et la joie païenne de l’immersion totale quand on s’enfonce corps et âme, à la recherche des nuages altiers de Furmeyer, dans le pelage verdissant des bois.

La verroterie bleuâtre des pierres concassées, au départ, annonçait déjà une certaine légèreté printanière qui ne fait que se confirmer au fil de l’ascension vers le plateau, alors que s’enflent les poumons des pins le long du gris des routes, en contrebas, et que des vaches s’abreuvent librement à l’eau grise de la rivière ; inhabituelle présence disant, semble-t-il quelque chose d’un retour général de la vie, enfin sortie des étables austères.

Les genêts, les pins, les amélanchiers aussi vêtus que des ballerines, et l’herbe verdissant, mais aussi la pierre qui grimace et les monts du lointain dessinent dans le blanc de l’après-midi une nouvelle présence point encore complètement confirmée mais allant, avec le temps et la rivière où boivent les génisses, vers sa réalisation.

C’est à la parallèle de cette réalisation, qu’illustre si bien la rivière en contrebas, étirée entre sa source et la mer, que je marche aujourd’hui, avec de part et d’autre du chemin le vert poli des plantes nouvelles, des longues graminées jaunies mises à l’épreuve par le vent.

Confession :

C’est le chemin de cette réalisation, si évident depuis les hauteurs lorsqu’on observe l’allant de la rivière libérée de sa source, que j’aimerais parfois directement emprunter, en passager clandestin des forêts et des monts ; mais je ne suis ici qu’un visiteur- ainsi je me raisonne- du pelage reverdissant, et ce temps-là qui coule de source, le temps de la réalisation cyclique des fleurs et des fruits, pourrait également être d’une éternité rapidement usante pour l’humain.

Alors

Je vais le long du chemin abstrait, à la parallèle du printemps.